Fraude et facturation électronique : faux messages, fausses plateformes, changement de RIB. Les réflexes concrets pour les cabinets comptables et les PME.
Une réforme qui concerne toutes les entreprises assujetties à la TVA crée mécaniquement un terrain favorable aux tentatives d’escroquerie : chacun sait qu’il « doit faire quelque chose », sans toujours savoir quoi ni auprès de qui. La fraude autour de la facturation électronique joue précisément sur cette incertitude. Sans dramatiser, voici les réflexes à installer au cabinet comptable comme dans les équipes administratives et financières des entreprises. Pour le cadre général de la réforme, notre guide de la facturation électronique fait le point.
Ce que dit l’administration fiscale
Fin août 2026, la DGFiP a publié une FAQ à destination des professionnels après un vol de données intervenu en juin et juillet 2026, à la suite de l’usurpation d’identifiants d’agents publics. Selon cette FAQ, un peu plus de 250 000 professionnels sont concernés, principalement pour des données d’identification de l’entreprise et des informations générales sur leurs échanges via la messagerie d’impots.gouv.fr.
Deux points comptent pour la facturation électronique :
- d’après la DGFiP, ces accès frauduleux n’ont concerné ni les infrastructures de la facturation électronique ni les plateformes agréées ;
- le risque principal est que ces informations servent à crédibiliser une tentative d’escroquerie (message ou appel qui semble « savoir » des choses sur votre entreprise).
L’administration rappelle aussi qu’elle ne demande jamais d’informations confidentielles en dehors de l’espace professionnel sur impots.gouv.fr, et que ses messages proviennent d’adresses se terminant par @dgfip.finances.gouv.fr.
Les scénarios de fraude à surveiller
Sans prétendre à l’exhaustivité, quatre situations doivent alerter :
- le démarchage pressant : un appel ou un mail qui impose une souscription immédiate à une plateforme, sous la menace d’une sanction ;
- le faux message d’« activation » : un lien qui invite à se connecter à un prétendu portail de facturation électronique ou à « valider » son inscription ;
- la demande de changement de coordonnées bancaires d’un fournisseur, souvent assortie d’une urgence ;
- la fausse facture, qui imite un fournisseur réel ou un prestataire de « mise en conformité ».
Les réflexes à adopter au cabinet et en PME
- Vérifier la plateforme à la source. Chaque entreprise assujettie choisit une plateforme agréée (PA) ; la liste officielle est publiée sur impots.gouv.fr. Consultez-la en tapant l’adresse vous-même, jamais via un lien reçu. Nos critères pour choisir sa plateforme agréée aident à trier les offres sérieuses.
- Ne jamais cliquer sur un lien non sollicité. Pour accéder à un espace professionnel, on s’y connecte directement.
- Instaurer une double validation des changements de RIB, avec un contre-appel au numéro habituel du fournisseur (pas celui indiqué dans le message).
- Prendre le temps de vérifier, surtout quand on vous pousse à agir vite : l’urgence est le premier signal d’alerte.
- Conserver les preuves (messages, adresse du site, captures d’écran) et signaler toute tentative sur cybermalveillance.gouv.fr ; en cas de préjudice, porter plainte.
Le rôle de contrôle de l’équipe comptable
Selon la DGFiP, les plateformes agréées effectuent des contrôles sur les factures reçues (mentions obligatoires, identifiants, cohérence des montants et de la TVA, doublons, adressage) et assurent la traçabilité des échanges. C’est un appui réel, mais il ne remplace pas le regard humain : le collaborateur comptable reste celui qui rapproche la facture de la commande et du paiement, et qui repère l’anomalie « plausible ». Ce contrôle s’appuie sur une piste d’audit fiable et sur un circuit de validation clair, détaillé dans notre checklist de réception des factures électroniques en PME. Et si votre entreprise n’est pas encore à jour, mieux vaut un rattrapage structuré après le 1er septembre qu’une décision prise sous la pression d’un démarcheur.
La vigilance, une compétence qui se forme
La facturation électronique est une transformation digitale et organisationnelle : savoir ce qu’est une PA, comment circule une facture sous format électronique et ce que l’e-reporting — second volet de la réforme, transmis via la plateforme agréée — implique, c’est aussi savoir reconnaître ce qui n’est pas normal. Le parcours Facturation Électronique — Les Fondamentaux (21h) donne ce socle aux comptables comme aux équipes administratives et financières. Pour une entreprise, il peut être financé via le plan de développement des compétences et son OPCO, selon les règles de prise en charge en vigueur.
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